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On dit plus par ce qu’on fait que par ce qu’on dit. Les actes sont probants. Tout le monde peut dire des choses magnifiques. Suzanne Pasteau

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All your dice

All your dice are belong to us.

Dimanche 20 février 2005

Y.L. (pour skier) : C’est plus efficace comme ça.

C.P. : L’efficacité, c’est pour les faibles.

 

Y.L. : Cyril, tu sais parler anglais ?

C.P. : Oui, je parle anglais.

Y.L. : Bravo, tu peux aller passer l’aspirateur.

 

A.G. : Qu’est-ce qui t’arrive Cyril ? Tu ne dis rien.

C.P. : J’étais en communication avec ma conscience qui demeure dans une autre galaxie, derrière le Nuage de Magellan.

G.L. : Oui, Cyril.

 

S.P. : Cyril, tu es mon ami ?

C.P. : Non, je ne sais pas parler anglais.

S.P. (sortant le rosé) : Comme tu veux...

C.P. : Tu es mon ami.

 

R.L. : Je suis le dinosaure qui mange l’œuf.

A.G. : Mais tu es fou Ronan ! Tu es sorti sans te couvrir !

R.L. : Je suis l’oviraptor. Je mange l’œuf !

 

Y.L. (en voiture) : Mais qu’est-ce qu’il a à se traîner à 30 km/h celui-là ? Je parie qu’il n’a pas assez de chevaux.

C.P. : Sale pauvre !

 

Y.L. : Le système antipollution vient de tomber en panne. La voiture consomme plus d’essence et pollue plus.

C.P. : Salaud.

 

C.P. : D’après mes calculs, nous avons fait un long voyage aujourd’hui.

G.L. : C’est quoi un long voyage par rapport aux années-lumières du Nuage de Magellan ?

C.P. : Je parle par rapport à vos consciences de mortels.

G.L. : Oui, Cyril.

C.P. : Il y a 78% de chances que la voiture de Yannick ait connu un incident mécanique aujourd’hui.

G.L. : Il y a 50% de chances que tu termines le voyage à pied. Parle, pour retarder l’échéance !

A.G. : Ah, il ne dit plus rien...

C.P. : Je fais un update avec le Nuage de Magellan. S’il vous plaît n’interrompez pas la liaison.
par Cyril Pasteau publié dans : Souvenir
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Vendredi 11 février 2005

Sous la pluie

            Du matin

J’ai fourbi

            En mon sein

Les secrètes

            Mélodies

Que ma tête

            Étourdie

M’a prêtées

            Aujourd’hui

 

(Septembre 1995)

par Tous A Babylone publié dans : Poésie
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Jeudi 10 février 2005

Lorsqu’ils parlent de l’Afrique, Hemingway et son épigone Ruark ne disent en général qu’un tas de conneries. Ou, pour utiliser une expression plus imagée, ils ont de la merde plein les yeux et ça les empêche de voir plus loin que le bout de leur stylo-bille. Mais il leur arrive parfois de faire des remarques intelligentes : ainsi lorsqu’ils relèvent que les animaux, et en particulier les panthères, lâchent un jet de sperme quand ils sont sur le point de succomber à une mort violente. L’éjaculation étant alors une forme de protestation du corps contre la mort. Les cellules veulent vivre éternellement, et elles essayent d’imprégner l’atmosphère d’une ultime copulation, pour se perpétuer, quand elles sentent que la mort est proche.

J’ignore ce que font les femmes au moment de mourir de mort violente. Je n’ai jamais entendu dire qu’une femme lâchât des ovules. Peut-être le font-elles, mais l’œuf est si petit que de toute façon cela ne se voit pas. Evidemment, il n’est pas rare qu’une femme soit inféconde, tandis que les hommes, eux, ne manquent jamais de sperme ; les cris seraient alors leur manière d’éjaculer.
par Cyril Pasteau publié dans : From
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Mercredi 9 février 2005

L’ambition de tout soldat nojjyrien est d’accéder un jour au noble statut de membre de la Garde Blanche. C’est la gloire assurée : la foule respectueuse et craintive s’écarte devant ces êtres d’élite. La flamme bleue qui habite les yeux de ces immortels héros glacés ferait d’ailleurs reculer un barbare de Rocaille. Un Garde Blanc est invulnérable aux armes normales, ne ressent plus le besoin de manger et est insensible au froid. Son sens du devoir n’est plus gêné par des sentiments comme la pitié ou la peur. Enfin, suprême privilège, il a le droit de parler au Roi, quand la douloureuse transformation qu’il a subie n’a pas trop altéré son esprit et sa raison.

 

(1992)

par Shadrack publié dans : Livre de Shadrack
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Lundi 7 février 2005

La nuit, silencieuse, engloutissait la ville. Presque personne ne se risquait dans les ruelles humides, sauf les sbires de l’ANCC qui patrouillaient dans leurs voitures rouges.

Jean se glissait dans les zones d’ombre lorsque les phares fantomatiques d’une bagnole de l’ANCC crissèrent sur le bitume. Il se dirigeait vers un hôpital abandonné, ultime asile pour les parias comme lui. Là-bas, il retrouverait ses amis, la plupart diplômés de l’ESIDI comme lui. Il n’était qu’à un pâté de maison de la cachette lorsqu’il vit le danger pourpre et bruyant qui fonçait sur lui.

Il n’avait aucune possibilité de fuite, coincé contre un mur, aveuglé par l’incendie des phares. Alors il s’avança hardiment. Les freins hurlèrent. De la bagnole surgirent deux agents de l’ANCC en uniforme rouge orangé.

Heureusement, son père lui avait prêté sa carte magnétique pendant sa convalescence. Son père, spécialiste international des gastéropodes auvergnats, était certain de conserver son travail. Jean brandit la carte. Mais l’agent patibulaire auquel il l’avait confiée, non content de l’examiner à l’œil nu, l’emmena dans la voiture. Jean comprit qu’il était perdu. Le scanner détecterait la fine pellicule de zorzonium qui déréglait l’identificateur psychique.

Il tenta le tout pour le tout. D’un coup de pied bien placé il plia en deux l’agent qui le surveillait, puis s’enfuit plus vite qu’il n’aurait cru possible. Sprint. Derrière lui, déclic. Éclair. Tonnerre. Mort.

L’agent rangea son flingue, satisfait. Il était payé au rendement. Un bac +3 sans travail valait une bonne prime à l’Agence Nationale Contre le Chômage.

 

(1993)

par Cyril Pasteau publié dans : Poésie
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